Résumé du symposium : Humanité, Arts Martiaux et Sociétés.

Paul CHAUCHARD Neurophysiologiste et neuropédagogue,
(directeur honoraire de l’Ecole des Hautes Etudes, Paris - Sorbonne) auteur de nombreux livres, dont ‘Zen et cerveau’ aux éditions Dervy

‘Contact non-violent, force de la douceur’

           Le monde dénaturé dans lequel nous vivons est source de violence physique ou psychique, inacceptable car déshumanisante. La peur de l’autre risque d’empêcher l’homme d’avoir de bonnes relations avec son environnement, s’il ne sort pas de son ‘être primitif’. Pour cela il doit mener une action sur lui : apprendre à être présent à son corps, au monde et aux autres.

                       Les arts martiaux qui ne se contentent pas d’être un art de défense permettent, par la conscience que l’on porte à la totalité de son être, de se conduire en homme vrai. La conséquence est la naissance d’une société de tendresse, une vraie société humaine, comme Teilhard de Chardin le proposait : la création de la noosphère (la terre sur laquelle les humains sont Humains).

Fouad AITBELM’KADEM Directeur d’une Maison des Jeunes et de la Culture

‘La violence urbaine’

                       Fouad AITBELM’KADEM nous décrit le contexte dans lequel les différentes formes des manifestations de violence s’expriment et comment elles sont souvent utilisées par les jeunes pour transformer leur environnement et pour interpeller les acteurs sociaux et institutionnels.

                       Il tente dans un deuxième temps de nous expliquer les causes de ce phénomène de banlieues. Puis il nous décrit l’univers de ‘la galère’ vécue par ces jeunes et nous explique comment se sont mis en places des phénomènes d’exclusion. Enfin, par une description précise de l’organisation d’une structure familiale de type musulman, Fouad nous fait part des raisons de l’éclatement de cette dernière et donc de l’absence de repères et d’autorité qu’elle garantissait auparavant.

Charles-Louis ORIOU Psychologue, professeur de Kyudo

‘Socialisation et individuation dans et par le Kyudo’

 Le Kyudo consiste à tirer à l’arc dans la tradition des plus anciens arts martiaux japonais. Le pratiquant cherche à exécuter le geste techniquement parfait avec trois sentiments : Shi (Vérité), Zen (Vertu) et Bi (Beauté). Lorsque cela est réuni, le tir se fait sans pensée, sans le contrôle du « petit moi », dans un état de non-faire. Le tireur atteint à cet instant « sa cible intérieure » et la flèche va simplement dans la cible extérieure placée à 28 mètres de lui. Le respect de l’étiquette et des huit phases du tir l’amènent par « raffinages » successifs à approcher son « meilleur moi », c’est-à-dire son « être ». Il devient plus présent à lui et aux autres dans et hors du dojo. Le Kyudo n’est plus alors un art d’attaque ou de défense, mais une voie qui permet de concilier pleinement la vie intérieure d’une certaine profondeur et la vie de relation extérieure assez superficielle. Le kyudoka, plus « centré » et plus fort, développe sa qualité humaine. Ainsi, il n’a plus peur de jouer son rôle dans la société pour la faire progresser.

Thierry ALIBERT Ex international de Karaté ; Taïji-Quan, Qi-Gong

‘Taiji Quan, un art martial, une technique énergétique de santé’

Thierry Alibert, après avoir présenté l’histoire de cet art et les êtres qui l’ont véhiculé dans le contexte des différentes époques, a développé les aspects énergétiques de santé, d’équilibre et d’épanouissement.

Pierre LARENA Professeur de Kendo, Iaï-Do

‘Arts martiaux et éducation’

Durant la projection de son film présentant le Kendo au Japon, Pierre Laréna a développé tout l’historique du sabre japonais et son importance dans la culture nippone. Le Iaïdo a également été présent au cours de l’exposé.

                       Les différents aspects éducatifs de cette discipline ont été fortement soulignés. Le Kendo est pratiqué par 25 millions de japonais, particulièrement dans les universités et dans notre pays, 3000 pratiquants s’y adonnent avec ferveur. Les notions d’attention et de concentration ont été expliquées grâce à de suberbes images.

                       L’écueil de l’esprit de compétition, du genre « gagner à tout prix » est évité dans le Kendo, grâce à des règles très précises. Pierre Laréna a présenté ce passage de la compétition au cours du cheminement du Kendoka comme un sas entre le débutant et l’initié.


Gorka ECHARRY Infographiste, professeur de Kung-Fu SaoLim

‘Kung-Fu Sao Lim’

Gorka Echarry a présenté l’histoire de cet art externe né en Chine au temple Shaolin et enseigné par Boddhidharma, maître T’chan. Il a exposé avec précision les différentes formes du Kung-Fu. La plupart des écoles traditionnelles de Kung-Fu ont la même recherche d’équilibre physique et moral : physique par la recherche constante d’ouverture, de fluidité, même dans les mouvements les plus durs, moral par l’ouverture d’esprit indissociable de la progression et de la compréhension de la voie que l’on suit. La plupart des écoles de Kung-Fu sont pratiquables par tous, sans distinction de sexe, d’âge ou de condition physique. La diversité de leurs styles est un atout pour trouver celui qui correspond le mieux aux motivations et capacités de chacun(e).

Michel BROUSSE Professeur agrégé Bordeaux II, historien du Judo, ex-international de Judo, 6è dan Auteur du livre ‘Le Judo, son histoire, ses succès’ aux éditions Liber

‘De l’art martial au sport moderne : l’histoire du Judo en France’

           L’analyse historique proposée par Michel Brousse a pris pour thème la place et le statut de la violence dans les arts martiaux en France depuis l’introduction du Jujutsu au début du siècle. L’histoire du Judo français montre la transformation progressive d’un art martial en sport moderne. Elle est révélée par les changements apportés à la destinée des techniques dont les fonctions ont été successivement utilitaires, éducatives et sportives. La présentation riche d’une iconographie inédite a mis en relief l’influence de l’évolution de la société française sur la perception de la méthode japonaise dans,les secteurs institutionnels, culturels et économiques.

                       Sur l’exemple du Jujutsu et du Judo, Michel Brousse a étudié d’une part, les composantes de l’imaginaire collectif lié aux techniques de défense et d’autre part, l’euphémisation croissante des méthodes dites de combat dans la société actuelle qui, sous l’influence soit d’un courant sportif, soit d’un courant spirituel, s’éloignent de leur fonction utilitaire originelle.

Arnaud WALTZ Agrégé d’éducation physique, professeur 5è dan d’Aïkido

‘Vers un autre mode de résolution des conflits’

                       Arnaud Walz a présenté cet art récent mis au point par Maître UESHIBA, comme une synthèse d’arts martiaux empreinte d’humanisme. Son exposé a mis l’accent sur les relations vécues au sein de la pratique : une violence maîtrisée, dépassée mais non écartée, induisant des relations non conflictuelles. Il a expliqué les rôles codifiés et acceptés de Tori et Uke (celui qui donne et celui qui reçoit) qui s’inversent au cours de l’échange. Il a développé l’importance du cadre, des rituels, faisant le parallèle avec un nécessaire contexte de sociabilisation des individus.

Josette NICKELS Traductrice, monitrice fédérale, 4è dan d’Aïkido

‘Les femmes aussi’

Josette Nickels a précisé le rôle important de la femme dans cet art. Sa participation amène l’homme à mieux appréhender souplesse et fluidité et les deux ensemble à plus d’écoute, vers une reconnaissance de leurs différences. L’enseignement de l’Aïkido aux enfants a été évoqué comme une discipline éducative à part entière.

Philippe LASSERRE Ingénieur, 1er dan d’Aïkido

‘L’évolution du débutant’

Philippe Lasserre a décrit l’évolution du pratiquant. Partant des motivations et des attentes du débutant, il a souligné en quoi une pratique, basée sur les principes fondamentaux de l’Aïkido et sur un enseignement néanmoins sportif, peut permettre d’acquérir et de développer, outre des qualités physiques, certaines constantes morales nécessaires à toute socialisation.

Jacques VIEILLARD Expert de Karaté-do

‘Enseignement des arts martiaux : transmission traditionnelle et enseignement de masse’

Malgré les empêchements de Jacques Vieillard à se rendre au symposium pour présenter lui-même sa conférence, nous tenons à la dispositions des intéressés son intervention.

Jacqueline BOUSQUET Docteur es Sciences biologie, chercheur, Auteur des livres ‘Au Coeur du Vivant’ et ‘Science dans la Lumière’ aux Editions St Michel

Transfert d’information par la lumière

           Jacqueline Bousquet a magistralement démontré la nécessité de mutation de l’humain actuel vers l’Humain par les découvertes biologiques, mathématiques et au travers de la Tradition chrétienne. Elle a exposé les folies des manipulations des aliments, modifiant la polarité des cellules. Cette nécessaire polarité des cellules est le gage d’un bon transfert d’information dans la ‘matière’ et de la dynamique de l’évolution. Ses derniers travaux sur les neutrinos ont clairement expliqué que l’être humain fait partie d’un tout, est influencé par tout et est un acteur conscient et inconscient dans la dynamique de l’univers. Elle a appelé à une prise de conscience urgente des lois cosmiques et à un comportement humain mature remettant chaque pensée, comportement, parole et action dans la trame de l’évolution qui conduira l’homme et la femme vers une vie terrestre d’où l’égoïsme et l’ignorance ouvriront les portes de la connaissance et de l’harmonie.

                       Elle a particulièrement souligné la nécessité d’utiliser le Budo comme outil d’évolution. Jacqueline Bousquet a salué la justesse et la profondeur du ZEN Vekidjo, ainsi que le reflet précis de la dynamique biologique de l’Aï-Doï.


Daniel LAZENNEC Formateur en ressources humaines Maître Zen, fondateur du ZEN Vekidjo (Zen laïc) Auteur du livre ‘Au Coeur de la Vie’ aux éditions Chiron Sport

‘ZEN Vekidjo, un outil d’évolution’

Il y a 2500 ans, Siddharta Gautama s’éveille grâce à une hypervigilance dans une posture assise appelée Dhyana, à l’époque. Elle se transmet dès lors d’Etre Eveillé à Etre Eveillé. Au VIè siècle après Jésus-Christ, un Maître Srilankais transmet la pratique et l’enseignement en Chine : Boddhidharma, transmetteur du Tchan en chinois, Zen en japonais ou Vekigo en esperanto. C’est l’utilisation de l’enseignement et de la pratique de Siddharta Gautama, dit l’Eveillé ou Bouddha en sanscrit. Vekigo est un outil destiné à développer les propriétés d’évolution de la conscience. Vekigo permet la gestion de l’ego. Sa reconnaissance en tant que phénomène illusoire éveille la conscience en la débarrassant des voiles afin qu’on accède à la conscience de la ‘matière’. C’est la conscience cosmique dont l’être humain est une partie, comme un hologramme. Vekigo n’est ni une croyance ni une religion, bien qu’il utilise un ensemble d’attitudes éducatives. Vekigo est donc un moyen laïc, vérifié par la science (biologie, mathématiques, neurobiologie) pour que l’être humain se dirige vers son Humanité, sorte de l’égoïsme, de son cortège de souffrance et intègre le vivant en chaque instant du quotidien pour développer la paix, la compassion et le bonheur sur notre terre.

« La source de l’Esprit est une Paix lumineuse au-delà du temps et de l’espace ». Monto de Patso.

‘Le Zen, les arts martiaux et le Budo’

                       Dans la pratique du Zen, une forte éducation, accompagnée d’une aussi grande auto-éducation, viendront aider le pratiquant à lâcher son ego : il apprend à développer au maximum son attention, sa vigilance, lesquelles sont nécessaires dans les arts martiaux ou Budo, Bu signifiant arrêter la lance, déposer les armes et Do le chemin. C’est donc le chemin pour que l’être humain cesse d’être dans la dualité, que ses gestes deviennent non dualistes et accompagnés d’une forte conscience. Donc, peut-on dire qu’un art martial est un Budo si le problème de la conscience et de l’égo ne sont pas réalisés ?

Daniel LAZENNEC Formateur en ressources humaines Fondateur de l’Aï-Doï

‘Aï-Doï : un autre esprit pour le XXIè siècle’

                       A l’heure des armes expéditives, l’humanité a deux choix :soit elle continue la violence qui chemine de la simple dispute aux assassinats et à la guerre : ainsi elle s’exterminera, soit elle s’auto-éduque concrètement et bâtit un monde de respect, d’échanges et de complémentarité par l’action individuelle ou dynamique avec les autres. C’est à cette dernière solution que l’Aï-Doï apporte son concours.

Une séance débute par l’application de techniques respiratoires amenant au calme et à la concentration. Elle se prolonge par un enchaînement de gymnastique et de massages, agissant sur les chaînes musculaires, les articulations et les méridiens énergétiques. La présence à soi-même et la connaissance de soi s’approfondissent. Viennent ensuite les expériences relationnelles et dynamiques avec une ou plusieurs personnes. Tout mouvement dans la dynamique relationnelle part de la terre et ouvre, n’écrase pas, ne ferme pas : il s’agit d’être acteur de relations constructives. L’état d’esprit de l’Aï-Doï n’est pas de projeter, de gagner ni de perdre, de souffrir ou de faire souffrir. C’est un jeu qui ouvre les portes de l’évolution de la conscience, du rôle de l’interdépendance dans l’existence. C’est donc la forme dynamique et le reflet de la dynamique de la matière. C’est la totale prise en charge de soi-même avec les autres qui s’entraînent au même processus. Ce n’est pas un art martial : c’est un jeu qui l’interdépendance et la richesse de la diversité des existences. L’Aï-Doï est une méthode pour un autre esprit, à l’aube du XXIè siècle, dont les objectifs sont le respect, la complémentarité et la paix. Un superbe film a été projeté, illustrant l’esprit de l’Aï-Doï. (le DVD est disponible sur demande des intéressés).