Les budô des anciens avaient comme objectif la non-violence et la paix. Que font nos générations actuelles ? Comment aller vers le message des anciens ?

Les budô des anciens avaient comme objectif la non-violence et la paix.
Que font nos générations actuelles ?
Comment aller vers le message des anciens ?

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Il y a trois parties dans la conférence :

- Les Budô des anciens avaient comme objectif la non-violence et la paix.

- Préciser le sens de ces disciplines pour nos générations actuelles est une question centrale de cet héritage.

- Comment aller vers le message des anciens, cela pose la question de notre propre dynamique par rapport à ce message. Lorsque je dis « ce message », je ne parle pas d’une forme d'outils, je parle de message.

Un peu d’historique : au Japon comme en Occident étaient formées de multiples tribus, familles, etc. qui se faisaient la guerre sans cesse. Donc, ils avaient affiné les techniques de guerre comme en Occident. Puis, au fur et à mesure que l'évolution sociale est arrivée, que les tribus se sont regroupées en régions et en pays, toutes ces techniques de combat pour gagner du territoire, pour gagner des richesses, des pouvoirs, n’étaient plus usitées. A la fin du 19è siècle et surtout au 20è siècle, des personnes ont eu l’idée d'affiner un peu ces techniques et d'en faire des méthodes éducatives, toujours basées sur les relations issues d'une agressivité, parce que ce sont des relations d’agressivité, qui sont une demande de relations. Sont alors nées au Japon des disciplines comme le Karatedô, le Judô, le Kendô, l’Aïkidô : des disciplines qui portent des noms qui finissent en dô (la notion de chemin initiatique pour arrêter la lance, pour arrêter le combat).

Par extension quand on arrête le combat, la lance ne sert plus à rien, on la dépose par terre. Mais qui fait le combat, sinon des personnes qui ont besoin de se mesurer à une autre ou à d'autres personnes, c’est-à-dire des gens qui sont toujours dans la dualité, dans la recherche de pouvoir, dans la peur ?

Les outils qui ont été transmis, et pour une certaine part, l'éducation qui était transmise par ces gens-là, allaient vers l'humanisme, en utilisant le chemin de la violence pour la supprimer. Il s’agissait de faire prendre conscience aux gens qui suivaient ce chemin, pour finalement  arriver au fait de ne plus avoir besoin d'exprimer des pensées de violence, parce que la violence avait été vue en tant que montée de production mentale ou montée d'émotion, quelle qu'elle soit (l’émotion peut être la peur, la colère, la joie, etc.). Cette conscience  laisse place à des êtres qui sont pacifiés.

Donc, dans l'histoire (on est dans les années 1930-40), le Japon s'ouvre de plus en plus industriellement, depuis quelques dizaines d’années. Il y a des Européens, des États-Uniens, le régime progressivement change aussi. Des Occidentaux voient apparaître des gens souvent d’un âge avancé, 50 ans, 60 ans, avec des techniques qui leur apparaissent comme des techniques de combat et souvent ils en restent là, et traduisent le mot « Budô » par « art martial ». Cette traduction ne semble pas du tout adaptée au mot « Budô » et ce quiproquo a été enjolivé en disant : « Oui, mais en fait, c'est la martialité contre l’égo. C’était encore une compréhension erronée de la problématique, car il n’y a pas à travailler contre l’égo. Il y a à observer comment tout cela fonctionne, et à laisser passer tout ça pour rester tranquille. Il n'y a pas de contre, donc pas de martialité. Il y a la construction d'une conscience qui permet d'observer les émotions monter, etc. et de rester tranquille. Alors ces émotions passent et disparaissent. C’est le sens du mot « budô » et donc, du coup, comme elles disparaissent, les objectifs des anciens étaient bien la non-violence et la paix. Sauf erreurs de traduction des propos des principaux Maîtres qui ont marqué le XXè siècle au Japon (Funagoshi Gichin pour le Karatedô, Jigoro Kano pour le Judô et Moriheï Ueshiba pour l’Aïkidô),  ils parlaient tous de non-violence et de paix. Kano était plus sur la notion d'humanisme, de civisme pratiquement, Gichin plutôt sur la non violence et Ueshiba, qui était un prêtre et qui avait eu une expérience mystique, était plutôt, lui, sur la paix.

Mais sans écarter les autres aspects, quand l’expérience mystique est vécue, c'est cela qui apparait : la Paix et l’Amour. Le reste ne correspond pas à l’expérience mystique, cela correspond au domaine égotique. Ils ont attesté cela et puis leur discipline a évolué dans le temps.

Les Occidentaux, mais aussi, je pense, certains experts de ces disciplines japonaises, ne sont peut-être pas allés au moins aussi loin que les Maîtres fondateurs et sont restés sur des domaines plus égotiques où l'humanisme n'est pas très évident à constater, la non-violence non plus d'ailleurs. Il y a des mots et l’on fait semblant de ceci-cela, cependant les gestes sont là, ainsi que les attitudes, les comportements...

Donc les générations actuelles sont simplement les héritières des premières générations qui ont commencé à transmettre ces disciplines dans les autres pays, pas simplement chez les Occidentaux, mais aussi en Afrique, en Australie, en Asie, maintenant cela a fait le tour de la terre. Cela s’est développé rapidement dans les années 70, avec l'expansion de l'économie du Japon, parce que ça surfait sur l'efficacité que les Occidentaux voyaient  dans les experts d’arts « martiaux », de budô. Ils ont mis en parallèle l'efficacité japonaise dans l'industrie. Maintenant on peut peut-être dire que la Chine a pris le devant de la scène et on voit beaucoup de disciplines issues de la Chine. Donc cela est un peu cyclique. Peut-être que dans 10 ans ce sera l’Afrique ou le Brésil et on verra arriver ces processus de modes et d’influences.

Ceci dit, les propres élèves de ces fondateurs probablement n'ont pas été aussi loin dans la réalisation que les outils étudiés pouvaient permettre. Ils ont formé à leur tour des gens, soit des autochtones, soit des étrangers, dans les différents pays. Et puis cela a avancé comme ça et ceux-là en ont formé d’autres, etc. Et moins le message initial était présent, plus l’égo se l'appropriait, de plus en plus fort, à chaque génération puisque le message initial n’était plus présent, plus transmis ou enseigné sauf par quelques êtres qui se posaient toujours la question du message initial et qui essayaient de l'étudier, de cheminer vers ce message.

C’est un peu le constat aujourd'hui. Pour les générations actuelles, il semble que les enseignements, tels qu'ils étaient transmis, ne leur suffisent pas en tant que tels et sont soit rejetés, soit utilisés et on voit des karaté-musique, par exemple. On met de la musique et on fait du bodykaraté. Le Judô est parti vers le judo de la compétition, avec des catégories de poids, il y a des aïkido de compétitions, plein de choses comme cela. En fait on a utilisé, on prend quelques morceaux comme ça, on refait une sauce qui n’est plus animée des mêmes choses. Je ne qualifie pas, je ne dis ni que c’est bien, ni que c’est mal. C'est. Il n’y a pas de qualificatifs sur cette dynamique-là. C'est ainsi.

Donc, qu’en est-il du message et que peut-on faire pour essayer de retrouver l'humanisme au travers de ces disciplines-là, la non-violence et la paix ? Puisque ce sont un peu les trois grands axes de cheminements, les trois objectifs que ces anciens avaient formulés, proposés et démontrés.

Il s’agit d'abord de relations, donc d'éthique. Comment on se place par rapport aux autres ? Comment on se comporte ? Comme on leur parle ? Comment on entre en relation avec eux ? Comment on est en relation avec eux ? Comment on bouge avec eux, comment on construit avec eux ? Au préalable se pose la question : comment avec mon propre être, je réagis ? Parce qu’il n’y a qu'à partir de là qu'on va pouvoir modifier l'expression de son être, et, pour cela, il est nécessaire de s'arrêter, d'observer le fonctionnement de son être, c'est-à-dire le fonctionnement physique, la force gravitationnelle, les forces centrifuges, centripètes, l'utilisation du corps, de la physiologie, des respirations, des chaînes musculaires, des articulations, etc. A partir de tous ces éléments-là, on peut observer plus ses productions mentales (quand je dis « mentales », c’est aussi bien émotionnelles que cognitives). Autant savoir ce qu’est la partie émotionnelle, psychologique, utiliser ensuite nos outils pour prendre conscience de tout ça et apprendre à ne pas exprimer ce qui ne serait pas constructif et ce qui n'irait pas vers ces trois messages d’humanisme, de non-violence et de paix. Mais laisser passer, trouver un chemin qui, pas, à pas, pourrait faire écho à ce message de base des Maîtres anciens.

Cela demande une grande attention et donc, quand on réserve au moins du temps chaque semaine ou chaque jour pour pouvoir créer cette dynamique d’attention, on est dans un processus auto-éducatif, on est dans un niveau de conscience d’évolution. On sort petit à petit du domaine égotique, pour s'apercevoir que nous avons le potentiel de pouvoir observer tout ce fonctionnement dans notre être, comme un scientifique, et de faire des expérimentations, comme un ou une scientifique pourrait le faire.

Au fur et à mesure de cette expérimentation, on peut valider un protocole, on le met en œuvre et on va valider tel chemin, telle direction, telle manière de se comporter, telle manière d'agir, toujours avec ce message et ses trois composantes (l’humanisme, la non-violence et la paix).

La paix, c’est la paix entre les hommes, avec l’environnement et avec eux-mêmes, la paix au sens très large.

Quand on est avec d’autres personnes, en utilisant des situations issues des techniques pour tuer ou pour se défendre, les deux personnes, les antagonistes, deviennent des duellistes jusqu'à aller vers la complémentarité. C’est-à-dire qu’on s’entraide à s'étudier personnellement et mutuellement, en s'étudiant aussi dans des situations relationnelles issues de dualité, d'agressivité, de combat. On met en œuvre toute une méthode, une méthodologie, pour pouvoir aller, petit à petit, vers ces trois messages centraux.

Il me semble que c'est alors que l'on peut dire qu’au moins on a l’élan, l’allant, la sincérité de se mettre en échos, en vibrations avec les Maîtres qui ont fondé ces disciplines des Budô, de mettre nos propres pieds dans les traces de leur pas.

C’est en procédant ainsi, sous des formes différentes, mais avec cette dynamique-là, que le message nous apparaît de plus en plus clairement. A l’inverse lorsqu'on est dans le domaine égotique, dualiste, à se défendre ou à dominer, voire même des fois à subir, on n’est pas dans le message, on n’est pas dans la dynamique du message.

Donc, à chaque fois que montent de notre être des informations, telles que ces dernières informations dualistes, il est absolument nécessaire d'augmenter de plus en plus notre attention pour que cette dynamique soit laissée de côté, passe son chemin. Et en fait, elle disparaît tout de suite après. Alors on retrouve le chemin qui va vers cet humanisme, cette non-violence, cette paix. Et là, il y a cohérence au moins de direction.

Cela veut dire aussi que la méthodologie des outils doit être le reflet de cette dynamique de cohérence.

Avec cet objectif, ça nécessite une dynamique de conscience, une attention et une remise en question de nos façons d'être et surtout d'agir. Si on agit sur notre façon d'agir, on va modifier la façon d’être. Ceci exprimé, on peut dire aussi que, si on s'aperçoit que des attitudes, des gestes, des comportements ne reflètent pas ces messages, à nous de chercher comment on peut transformer ces attitudes, ces gestes et ces comportements.

Que peut-on mettre à la place pour essayer de coller au message ? C’est le processus d'évolution générationnelle. C'est-à-dire que pour les êtres humains depuis Sapiens, Cro-Magnon, etc., il y a une évolution, une évolution sociale, pratiquement à tous les niveaux. Une génération cède aux autres générations des connaissances. Ces autres générations s’appuient sur ces connaissances pour les développer dans le sens du message premier dont j’ai parlé. Soit on abandonne ces connaissances, et on en développe d'autres, soit on fait un mélange, soit on se dirige vers une société qui ne serait pas du tout cela, une société individualiste, de destruction, de guerre, de pouvoir absolu et de tyrannie. Cela s'est bien passé dans l'histoire, il n’y a pas très longtemps et encore maintenant dans certains pays. Cela veut dire que finalement, chaque individu va devoir se poser ces problèmes, trouver des réponses et les mettre en œuvre, sans quoi rien de tout cela ne pourra exister.

Donc la limite de ce processus, c'est la limite d'investissement de chaque être humain dans la dynamique d'évolution vers ce message d'humanisme, de non-violence et de paix.

Aussi, les lieux où l'on suit l'enseignement, que l’on appelle en japonais « dôjô », s'ils ne reflètent pas tous ces éléments-là, ne devraient pas porter ce terme, ils devraient porter un autre terme. Ce n'est malheureusement pas le cas. Cela montre qu’il n’y a pas ce niveau de conscience pour pouvoir mettre ses pieds dans les traces de pas des anciens.

Ceci est pour conclure, s’il y a une évolution à réaliser, elle n’est pas à attendre des autres, c’est à soi de se prendre en charge pour la mettre en œuvre et puis, si d'autres veulent partager ces moment-là, c'est très bien, sinon, il n’y pas à imposer quoi ce soit à qui que ce soit. Il n’y a qu’à démontrer par sa propre attitude. Et à ce moment-là, probablement que certains autres seront intéressés pour suivre le chemin ensemble et construire ensemble.

Cela, c’est l’introduction sur tous ces sujets.

On peut compléter par le fait que le Zen dans sa dimension complète, totale, pourrait être un très bon outil pour chaque disciple. Donc chaque discipline, chaque personne suivant une discipline a développé l'attention, le contrôle de tout le domaine émotionnel et du domaine égotique, se dirige vers la non-peur pour pouvoir continuer l'évolution. Le Zen a toujours été près du domaine des Budô. Et même avant les Budô, des samouraïs très célèbres suivaient l'enseignement et la pratique d'un Maître Zen.

Finalement, que ce soit dans des disciplines regroupées sous la terminologie "Budô", que ce soit dans la vie quotidienne, dans n'importe quel groupe et n’importe qui, ce sont les mêmes principes, les mêmes méthodes d'évolution qu’il serait heureux de mettre en œuvre chez chacun de nous. C’est une microsociété dans la macrosociété, on a les mêmes problèmes d’expressions égotiques, sous des formes différentes qui apparaissent.

Ainsi, on a un panel éducatif et auto-éducatif qui est extrêmement intéressant, qui ne convient pas à tout le monde, mais ceux qui ont souvent des besoins relationnels de tel type ou tel type sont intéressés par ces disciplines, font une différence entre les productions intellectuelles, philosophiques, mentales et l’implication de l’être dans sa totalité.

C’est analogue par exemple, à cela : on est avec un ordinateur et puis on réalise les croquis d'une maison. Il existe de petits logiciels pour faire cela. Vous êtes content, vous avez fini votre maison. C’est-à-dire qu’on est assis, on a le cerveau qui fonctionne, on voit la maison apparaître, on la fait tourner, on visite la maison à partir des images de l'écran. On a l’impression que la maison existe. A la différence d'une personne qui va construire sa maison, impliquer tout son être, apporter des sacs, des parpaings, du bois, etc. peu importe les matériaux et va, par tout son être, bâtir cette maison.

La dépense énergétique, l'implication, l’effort, la souffrance peut être, ne sont pas comparables avec l'effort qu'il a fallu y mettre pour pouvoir construire la maison, simplement avec une partie de son cerveau humain.

Beaucoup de gens aujourd'hui se contentent de virtualiser leurs pensées, ça leur suffit. Ils ont l'impression d'avoir produit quelque chose. Alor,s souvent ils produisent quelque chose mais ce ne sont  pas des choses que l’on touche. Ce sont seulement des choses qu’on voit, qu’on entend. Et leur implication n'est pas une implication de l’être total pour la construction matérielle, elle est virtuelle. Je pense que c'est un peu la même chose. On peut avoir de la philosophie, discuter des heures sur un sujet. Et quand on sort de la salle, on peut avoir un comportement qui montre l'opposé du discours qu'il y avait eu avant. Et plus, l’être est en danger dans une situation, plus il a des chances de ne pas être conforme à son discours.

Au niveau des Budô, c'est une dimension intéressante, c’est-à-dire la projection, l’idéal, la recherche, est-ce qu’elles s'incarnent bien, dans une salle de recherche, un dôjô ?

Ensuite, est-ce qu’elles s'incarnent bien à l'extérieur dans la vie ?

Est-ce qu’il y a une cohérence entre tout ça ?

Il est donc nécessaire d'avoir une implication dans la salle d'enseignement, une implication physique, émotionnelle, cognitive aussi, car il faut apprendre des choses, et relationnelle.

On est dans le plus concret, mais cela soulève des peurs, demande des efforts, nous fait transpirer, des fois il y a des accidents, donc il y a des êtres qui n’iront pas sur ce chemin parce que la mise en concret par tout son être demande une implication totale, alors qu’ils ne sont que dans des concepts mentaux, et parce que dans le concept mental : on est moins en danger. Par exemple, on peut parler de choses et d'autres, et si on les met en œuvre, on s'aperçoit que la mise en œuvre n’est pas si simple que ça. Pas simplement du point de vue comportemental, mais dans nos attitudes, nos gestes, nos paroles. Ce n’est pas si simple, c’est une évolution, c'est une implication.

Donc, il y a des êtres qui vont parler, parler, parler, concevoir, concevoir, conceptualiser et puis d'autres qui vont passer à la conception matérielle, physique, au changement, à l’évolution en s'impliquant.

Ce n’est pas la même énergie, ce n'est pas le même besoin profond d'évolution, ce n'est pas la même implication, mais il se peut aussi qu’il soit des êtres qui, simplement en concevant, aient des comportements absolument cohérents avec leurs concepts philosophiques ou éthiques...

La nature est faite de tellement de diversités, je veux dire par là que, ce n’est peut-être pas nécessaire pour certains êtres de passer par l'implication physique totale dans une démarche. Et leur démarche est peut-être simplement celle dans leur vie quotidienne d'être impliqué, en parfaite cohérence avec leurs concepts. La vie quotidienne offre beaucoup de situations où l'on peut mettre en œuvre l'éthique, beaucoup, à chaque coin de rue, à chaque pas, à chaque instant. Puis, il y en a d’autres qui restent dans la conceptualisation, qui dans les comportements, les actes et les attitudes sont complètement en non-cohérence, en incohérence.

Questions : Tout cela doit-il passer obligatoirement par le corps ?

Réponse : Tout passe forcément par le corps dans chaque instant où tu existes, où tu vis. Il est tout à fait concevable que des êtres soient d’un niveau de conscience où il n'est pas besoin de travailler pour être. Il y aurait simplement un héritage informationnel, tel que l’être serait à un niveau d'évolution de l'Homo sapiens sapiens plus avancé que nous.

Je n’en ai pas encore rencontré, mais il y a six milliards d’êtres humains, je n’ai pas rencontré beaucoup de monde. En attendant, quand on dit cela, on peut se projeter dans quelque chose qui serait sympathique si cela nous arrivait.

Mais le vrai problème, c’est nous. On est là, on utilise des outils. On n’a pas hérité de ce bagage informationnel. Donc quand on n’a pas ce bagage informationnel, il est nécessaire de travailler avec son propre bagage et de développer ce niveau de conscience qui permettra d’arriver à cette cohérence, peut-être, si on n’est pas décédé avant...

Mais cela ne fait rien, chaque pas réalisé, chaque acte posé dans cette dynamique-là ne produit que des choses qui sont intéressantes pour sa propre santé, son équilibre et pour les autres et au-delà des autres (les autres, ce sont tous les êtres vivants, les végétaux aussi).

Si on n'est pas dans le cas de figure de ces êtres qui ont un haut niveau de conscience incarnée, (il y en a qui ont des hauts niveaux de conscience qu’ils n’incarnent pas. Ils sont en déphasage dans leur comportement), on n’a pas le choix, il nous faut nous libérer de l'emprise de ces informations-là pour pouvoir faire émerger ce niveau de conscience. Ainsi évoluer et sortir du processus de la souffrance, aller vers la non-peur, vers la non-violence, vers l’humanisme, donc aller vers la paix.

Pour apprendre à écrire, on a bien fait des efforts, pour apprendre à compter, on a fait des efforts, on a fait des efforts pour apprendre à parler, pour plein de choses, pour apprendre à conduire une auto, pour ceux qui en conduisent. On a fait des efforts pour apprendre à faire notre toilette, pour apprendre la cuisine, à faire le ménage, à faire un travail : l'apprentissage fait partie du processus de l'Homo sapiens sapiens.Cela continue, mais là, on est sur un domaine qui touche le profond.

Pour prolonger ta question, dans le domaine du sujet de ce soir, si on est dans une dynamique de Budô et que l’on reproduit des choses sans conscience, sans attention, sans observation, sans auto-observation, sans s’apercevoir de ce que cela génère chez soi et chez les autres, on travaille en inconscience. L'inconscience est une des dimensions de l’être humain.

Ce sont donc des disciplines pour développer la conscience. Si ce n'était pas le cas, on se poserait des questions sur ce que l'on pratique et surtout avec quel esprit on pratique.

C’est incohérent d’être sur des disciplines d'évolution si on n'est pas dans un processus d'évolution. C'est encore plus incohérent, sur les disciplines que les fondateurs qualifiaient de non-violentes, humanistes ou pacifiques, qu'on utilise quelque chose qui ressemble à ces disciplines, avec le nom de ces disciplines et que nos comportements, nos actes ne reflètent pas cela du tout. C'est tout à fait incohérent.

C’est incohérent effectivement par rapport à l'éthique de ces disciplines-là, à leurs objectifs mais c’est cohérent égotiquement.

Car si l’égo peut ne pas être dérangé, utiliser une gestuelle, n'importe quoi des techniques, qui viennent servir ses penchants, il est content et trouve cela cohérent. Il ne se pose pas la question sur la finalité des messages. Il est simplement content de trouver ce qu’il vient chercher pour se nourrir et se développer.

Ce qui peut être aussi une phase, se nourrir et se développer égotiquement peut faire qu'un jour sa conscience ne soit plus d'accord avec le développement de cet égo. Et se reposent des questions sur le message. Vous voyez, elle n’est jamais blanche ou noire, l’évolution.

Cette notion d'humanisme, de non-violence et de paix sont des mots. Derrière les mots, il y a ce qu’on y met, c'est-à-dire ce qui nous apparaît, et c’est fortement teinté de notre propre histoire et du sens que l’on donne à ces termes. On peut très bien penser que ces termes-là sont conformes à notre comportement, que nous soyons conformes à l’éthique que portent ces termes. Ce serait juste.

Mais une autre personne qui aurait un niveau de conscience plus élevé pourrait démontrer qu’il y a erreur, que ce n’est pas conforme, que le sens des termes n’est pas celui que l’on pense, qu’il est issu de nos propres informations, etc.

D'autres personnes pourraient aussi le démontrer. Finalement personne n’a La vérité sur le sujet, il y a des directions. C’est pour cela qu’on parle d'une image qui est de mettre ses pas dans la trace de pas des anciens.

S’il n’y a plus de trace à un moment donné, après elles vont réapparaître ou d'autres vont apparaître. Il sera toujours nécessaire de faire attention à la trace qu’on va laisser, c’est-à dire quel est l’esprit qui va incarner la trace, par le vivant, par notre être. Le processus ne s'arrête qu'au moment où c'est le dernier souffle. Ce processus-là s’arrête seulement, le reste continue. Tout ce qui a été semé continue de se développer. C'est le propre de l'être humain d'avoir une certaine conscience de ces principes-là. Les autres animaux ne semblent pas avoir ces consciences-là.

De ces consciences-là naissent les complications, les choix : est-ce que je vais à gauche, à droite, tout droit ou derrière ?

Plus on a conscience, moins on a d’égo, plus c’est facile. Moins on a conscience plus l’égo monte, moins c’est facile. Finalement, pour les gens qui sont dans un processus d’évolution comme celui-là, ce n’est un hasard. C'est le fruit de tout ce qui s’est passé avant. Ils sont dans le processus d’évolution.

Plusieurs tentatives de construction de société ont été mises en place dans l’histoire, des tentatives présentant des objectifs pour des « lendemains qui chantent », pour « faire le bonheur des gens ». Toutes ont échoué. Apparaît maintenant l’individualisme forcené. Nous passons d’un extrême à l’autre, allant du collectif à l’individualisme. Ce n’est ni sain pour l’individu, ni sain pour le collectif. Qu’en est-il ?

Le problème à la source est que les êtres croient qu’ils sont séparés de tout le reste, qu’ils existent en tant qu’entité fixe, comme une pierre qui dure longtemps. Ils croient à leur entité. La plupart ne voient pas, n’ont pas la conscience d’observer leurs propres comportements donc ils croient que ce qu’ils perçoivent d’eux-mêmes est la Réalité.

Tant qu’ils n’auront pas abordé le domaine du non-égo, il n’y aura que des sociétés, des civilisations égotiques qui apparaîtront.

Et pour que tout un ensemble d’êtres humains soit dans une dynamique de non-égo, cela paraît difficilement concevable. Parce que l’égo est l’élément qui va créer le vivant, participer à la loi de cause(s) à effet(s) dans ce domaine. Cela paraît donc difficilement concevable.

On pourrait penser qu’une partie de la population, qui serait dans une dynamique comme celle-ci, pourrait aider, par son comportement, le reste de la population ; mais on ne peut pas penser que le reste de la population n’aurait pas des réactions de peur(s) et de protection de sa propre conception de la vie, de réactions envers un niveau de conscience qui lui apparaît totalement curieux et dangereux, donc le combattrait. On a donc un dualisme.

Le problème n’est pas vraiment l’organisation de la société, le problème est l’individu et sa dimension de croyances égotiques. Comme ce n’est pas ainsi, la démocratie paraît être la meilleure des choses parce qu’il y a un jeu égotique d’opposition. C’est-à-dire que les gens vont aller vers leur(s) intérêt(s) de l’instant avec leur niveau de conscience, se regrouper et essayer de remporter la mise et de mettre en œuvre en possédant le pouvoir, ce qu’ils croient être vrai. Et les autres, du coup, sont contre eux. C’est un jeu d’égo. Lorsqu’un camp diminue en influence, ce sera l’autre qui augmentera en influence. Et l’autre va pouvoir imposer au premier ce qu’il pense être bien pour son camp… mais aussi ce qu’il pense être bien pour tout le monde, éventuellement faire le bonheur des autres. Ou alors, ils s’en moquent.

Les personnes qui sont dans une recherche d’évolution, c’est exactement comme dans l’enseignement du Bouddha, apprendre à bien comprendre comment tout cela fonctionne par son être et pas seulement intellectuellement.

A partir de son être, pour observer tout cela, participer à ce à quoi l’on choisit plus ou moins de participer, d’être au maximum, en tous les cas, à partir de l’état d’esprit issu de l’Eveil. Alors, lorsqu’on a des objectifs d’humanisme, de paix ou de non-violence, évidemment, on va faire des choix vers les groupes humains qui vont plutôt conceptuellement vers cette direction-là, et constater d’une manière réelle si ces gens ont pu déjà mettre en œuvre des dynamiques comme cela. Le domaine égotique est rarement un domaine altruiste, il conduit à l’égoïsme donc, à un moment donné. C’est exceptionnel de rencontrer des êtres non-éveillés et qui sont altruistes, faire le don d’eux-mêmes, le don de leur vie pour les autres.

Donc pour les autres, ce n’est pas cela, ce n’est naturellement pas cela. Ce n’est pas un qualificatif, une mesure, ce n’est naturellement pas ainsi, pas cela, c’est obligé, normal, naturel.

Ceci dit, à chaque fois que l’on va produire un instant qui sera cohérent avec l’éthique que l’on projette pour le moins d’acquérir de vivre, d’incarner, c’est un grand moment, un grand moment pour tout, pour toute forme de vie.

Vibratoirement, cela se propage à l’infini, comme tout le reste se propage aussi… Si des êtres sensibles le ressentent, ils s’en nourrissent et cela les aide. Encore une fois, cela n’empêche pas des groupes de faire évoluer l’humanité, ça se voit, ça s’est vu, évidemment. Il y a eu le siècle des Lumières, les philosophes, des mystiques, plein de gens ont fait évoluer l’humanité. Il y a des gens au quotidien qui font de petites choses merveilleuses et qui font évoluer leur entourage par des gestes et des comportements altruistes. Il n’y a pas simplement que les grandes choses...

Ai-je répondu à vos questions ?

A vous d'être attentifs à partir de votre corps pour faire épanouir naturellement vos ressources cachées ;)