Synthèse colloque du FIPAM, Société et Violence, tenu à Paris, 1, 2 et 3 avril 2011
Une centaine de personnes ont participé à ce colloque. Elles sont venues des quatre coins de la France, d’Espagne, de Suisse, de Russie et du Québec. Ce texte se veut davantage un partage de mes notes prises en vrac plutôt qu’un résumé exhaustif du colloque. Je demeure le seul responsable des interprétations concernant les allocutions et je m’excuse à l’avance de mes omissions et biais auprès des conférenciers.
Le colloque était organisé à la hauteur d’un colloque international : qualité de l’accueil, des conférenciers, des échanges, de l’amphithéâtre et la proximité d’une station de métro. Une vingtaine de conférences ont été présentées en lien avec le thème du colloque : Violences et société. Les organisateurs ont privilégié la formule en amphithéâtre avec un exposé de 45 minutes et un échange avec l’auditoire de 15 minutes. La formule était adéquate tenant compte du thème retenu et du nombre de participants.
La conférence d’ouverture de M. Said a mis la table sur une définition de la violence, ses causes et ses formes plus spécifiques dans les entreprises et les quartiers identifiés à risques ou sensibles. Au cours du colloque différentes perspectives théoriques ont été présentées : philosophique, éthologique, historique, ethnographique, scientifique, thérapeutique, politique, sportive, psychologique, sociologique et pragmatique.
M. Henry Plée, pionnier dans l’introduction des arts martiaux en France, a rappelé l’importance d’une approche éthologique pour comprendre l’agressivité. Il a insisté sur le fait que la pratique des arts martiaux vise comme finalité l’épanouissement de la personne et la recherche de paix. Mme Marie Savary a présenté la pensée de Paul Chauchard qui a établi des liens entre l’éducation du système nerveux et le zen.
Mme Véronika Buteyho s’est située sur une trame historique pour montrer que la comparaison des problèmes de violence présents et passés ne peut faire l’économie de pratiques d’autorégulation sociale.
Mme Jacqueline Bousquet a établi un lien entre la physique quantique et la pratique des arts martiaux en s’appuyant sur l’éveil de nouvelles consciences, la science, la tradition et le besoin « d’éplucher » l’égo.
M. Christophe Champclaux, a introduit, le vendredi soir, le film Opération Dragon dans sa version complète et inédite.
M. Antoine Laborde qui a dû se désister à la dernière minute, s’est fait remplacer par un orateur qui a montré les messages contradictoires que nous véhiculons dans notre société et l’importance de la cohérence entre nos paroles et nos actes.
Mme Dominique Campagna a insisté sur le défi de créer des espaces pour entendre les jeunes. À titre de thérapeute, elle a mis l’accent sur un passage par le corps pour ouvrir la dimension cognitive de l’être.
M. André Cazetien a témoigné comment l’engagement social et les valeurs humanistes ont contribué à la création d’une cité conviviale, dans le Sud-Ouest de la France, où le respect, la démocratie, la justice sociale, le dialogue, la fraternité et la solidarité s’actualisaient dans les relations quotidiennes.
M. Jean-Marc Epelbaum a présenté la réflexion d’un comité de l’ONU sur la non-violence au niveau local. Il a tenté d’établir des liens entre ce comité et son expérience en aïkido.
M. Éric Phelippot a témoigné de son expérience de sécurité urbaine à partir d’une agence privée. Son exposé a illustré le défi que représente la gestion de la violence au quotidien. Le recadrage du violent potentiel indique que ce dernier ressemble à monsieur ou madame tout le monde et pas seulement à des jeunes. La dernière foire de Tour, lui a permis de donner un exemple percutant. Sur dix jours de festivités son service de sécurité est intervenu dans 138 incidents. La pratique des arts martiaux, pour lui et ses employés, permet d’anticiper et de prendre des coups, de tenter de désamorcer les escalades vers la violence et d’assurer la sécurité du plus grand nombre.
M. Jacques Vieillard a analysé la relation entre le sport et la violence. À l’aide de tableaux statistiques, de vidéos et d’images, il a démontré qu’il s’agit d’un phénomène en croissance qui se manifeste sous diverses formes. Les solutions efficaces demanderont des actions concertées à plusieurs paliers : clubs, ligues, fédérations sportives, élus politiques, citoyens, etc…Un engagement et une responsabilité collective s’avèreront incontournable si nous avons une volonté réelle d’enrayer ce problème social. M. Serge Mairet a témoigné de l’apport des philosophies orientales pour parvenir à une société plus pacifique. Des principes comme le calme, l’harmonie, le relâchement, l’énergie (ki) et le contrôle de l’esprit peuvent combattre la crainte d’autrui et permettre l’ouverture à l’inconnu.
M. Pascal Le Rest, a sans hésitation volé la vedette parmi les conférenciers. Ses talents d’orateur et de comédien ont su, à partir d’une description du mode de vie d’une tribu de chasseurs-cueilleurs d’Amazonie, dégager l’importance des rituels pour passer de l’enfance à l’âge adulte. Ces repères demeurent essentiels pour forger l’identité. Quels effets produisent nos sociétés en perte de repères ? En conclusion, il insistait pour ne pas oublier que les violences institutionnelles ( par exemple : des banques et des empires financiers) demeurent les principales responsables de l’état des sociétés actuelles. Le rôle d’intervenant social dans ce contexte en mouvance, il le perçoit comme celui d’un « passeur » qui accompagne des êtres en devenir.
M. Charles Aubert a témoigné comment sa pratique des arts martiaux avait modifié sa manière de composer avec les événements de la vie.
M. Gérard Baron a insisté sur le fait que la pratique des arts martiaux vise principalement la maîtrise de soi. La violence est enfouie en chacun de nous ce qui demande de prévenir les abus de pouvoir. Un passage à l’action lui paraît nécessaire c’est pourquoi il travaille présentement à l’élaboration d’une charte des arts martiaux pour éviter les dérapages.
M. Omar Zanna a illustré comment une expérience de la douleur corporelle peut aider à prévenir la violence. Cette mise en scène de la douleur entre pairs délinquants à partir d’activités physiques permet d’accéder progressivement à une empathie socialisante pour reconnaître autrui. Mme Mireille Grosjean a expliqué comment l’espéranto et l’aikido représentent des langages universels. Ces moyens d’expression peuvent faciliter le respect mutuel, la conformité à des règles et la recherche de paix.
M. Jacques Hébert a discuté de l’orientation donnée à ses expériences d’enseignement d’un art martial pour qu’elles fassent du sens au plan psychosocial. L’enseignement vise comme finalité l’adoption de valeurs et de conduites pacifiques en canalisant l’agressivité dans une voie positive. Un des enjeux consiste à s’assurer de transmettre ces notions. Un constat ressort de plus en plus des évaluations scientifiques, en plus de la dimension technique, l’enseignant doit introduire des éléments moraux et philosophiques rattachés à ces disciplines sinon il augmente l’agressivité négative des élèves. Ce dernier doit aider les pratiquants à saisir l’importance de pratiquer ces principes autant à l’intérieur qu’à l’extérieur du dojo. Des exemples sont venus illustrer des façons de concrétiser des animations dans ce sens.
En s’appuyant sur l’histoire de zazen, M. Daniel Lazennec a présenté une réflexion sur la manière de transformer l’égo à partir du zen pour parvenir à un état de paix, de bonheur et d’amour. Il a mis l’accent sur les notion d’équilibre, de vide et de tranquillité d’esprit qui conduisent à l’impermanence. Messieurs Thierry Plée et Jacques Hébert ont dégagé, en séance de clôture, quelques constats et interrogations.
La violence renvoie à une construction sociale. Elle représente une notion relative en fonction du contexte social. Plusieurs définitions de la violence se côtoient en fonction de choix théoriques et politiques. Ces choix ne sont pas neutres et ils restent au centre des rapports sociaux. Les frontières entre le permis et l’interdit ne sont pas toujours évidentes à cerner et le système judiciaire ne peut tout baliser. La violence peut prendre plusieurs formes : physiques, psychologiques, sociales, politiques et institutionnelles. Certaines violences sont davantage identifiées pour mieux en camoufler d’autres. Sortir du cercle vicieux de la violence demandera une mobilisation citoyenne au plan local et global.
L’objectif principal des arts martiaux dans ce contexte vise à canaliser l’agressivité dans une voie positive. Quelles conditions doivent être mises en place pour respecter cette orientation ? Cette contribution en vaut-elle la peine dans un monde de plus en plus en manque de repères ? Que sommes-nous prêts à mettre en place comme société pour assurer à chaque citoyen des conditions de vie où l’égalité, la sécurité, le respect, la dignité et la justice sociale donneront un sens à son existence ? À quand une société misant sur l’intégration sociale de tous plutôt que l’exclusion de plusieurs couches de la population ? L’exclusion représente probablement une des formes de violence des plus pernicieuses qu’il faudra combattre pour bâtir un monde plus pacifique.
Thierry Plée a conclu en présentant la mission, les buts et les sources de financement de la FIPAM. Il a insisté sur le fait que cette nouvelle association permet des contributions qui facilitent aux donateurs de réductions significatives au niveau de leurs impôts. Il a souligné le dévouement du comité organisateur et des bénévoles et il a remercié les conférenciers et les participants pour la réussite de ce colloque.
Par Jacques Hébert, professeur, École de travail social, Université du Québec à Montréal.

